Dis, c’est encore loin l’Océan ?

TOUTES les PHOTOS sont ici !

Je vous ai laissés au bord de l’autoroute près de Lake Louise, en Alberta, toujours au Canada, pour mieux vous retrouver ici, près de Vancouver.

Souvenez-vous, c’est en compagnie de Daniel, cyclo-voyageur Suédois, que j’ai entamé un retour vers l’ouest. Alors on prend l’autoroute, au milieu d’un trafic dense et rapide, on se retrouve dans un autre monde en l’espace d’un instant. Fini la route au milieu des montagnes, des touristes. Bonjour la Highway 1, aussi appelée Transcanada highway car elle traverse le pays d’Est en Ouest.

Le décalage a de quoi nous faire rire pendant un temps. Les curiosités ne manquent pas au milieu de ce vacarme : les trains d’un kilomètre de long à droite, les convois exceptionnels à gauche. Et des débris en tous genres sur le bord de la route qui fait office de piste cyclable : de quoi remplir la rayon visserie de M. Bricolage. On esquive les pneus éclatés, les pointes, un tire-bouchon (?!), quelques chaussures égarées. un vrai jeu vidéo.

Photo non contractuelle, autoroute désertée

Photo non contractuelle, autoroute désertée

Au deuxième jour sur cette route, l’ambiance change un peu. Le trafic toujours très soutenu est fatigant alors j’enfile les écouteurs et j’en profite pour redécouvrir ce qui se cache dans mon baladeurs. Un peu de Bashung, pas mal d’Angus & Julia Stone, Féfé et tous les autres. On se retrouve surtout sur une route qui passe de 2×2 voies à une route à double sens au milieu des rochers taillés à vif. La « piste cyclable » rétrécie, et on serre les fesses quand un camion nous double. Mais nous aurons droit à une descente superbe et par chance, sans le moindre véhicule, au milieu des roches orangées. On zigzague, on fonce. J’ai l’impression de changer de pays. Ce n’est que le début d’une route surprenante.

C’est parti pour une nouvelle expérience : les tunnels. Nous sommes un peu déconcertés en arrivant au pied du premier tunnel. Les camions se succèdent, ça roule vite, mais c’est un faux plat montant, donc notre vitesse est limitée à vélo. On se concerte pour rouler prêt l’un de l’autre. Daniel passe devant et éclaire avec la lampe de son vélo. Je sors la lampe frontale dotée d’une lumière rouge, offerte par Chris, un motard Canadien rencontré quelques semaines plus tôt. C’est parti. On se suit de prêt, on se colle au « trottoir » que l’on frotte parfois avec les sacoches. En sortant du tunnel on voit que ce n’est pas terminé. On dégouline de sueur à cause du stress et de l’absence de vent à l’intérieur du tunnel. Et ce sera comme ça 5 ou 6 fois.

On passe quelques jours peu intéressants. Les alentours sont superbes, mais il est difficile de flâner quand 10 véhicules par minute me doublent. Tant pis. On traverse une zone assez unique dans le coin : très, très humide. On s’arrête à Revelstoke pendant un jour et demi, le temps de décompresser. Ca ne suffira pas pour sécher mes vêtements. Zone humide oblige, le climat sèche cheveux que je rencontre depuis le début du voyage est en panne. Je repars un peu trempée, un peu parfumée à l’odeur de fringues macérées. Et là, ô miracle ! Je rencontre Kari, avec qui j’avais fait connaissance au milieu du Yukon. Il m’avait proposé de passer par chez lui, plus au sud du Canada, mais j’ai préféré emprunter une autre route. Qu’à cela ne tienne, le hasard est de notre côté ! Il passe le week-end dans le coin avec sa compagne Emily. Et eux aussi, ils ont eu besoin de se ravitailler au supermarché en ce dimanche matin. On n’en revient pas se retrouver ici et maintenant. C’est le genre de surprise qui fait beaucoup de bien au moral. Autant dire, que j’ai roulé « gratos » toute la journée : je n’ai pas vu défilé les kilomètres et j’étais en forme après tout ça.

Retour à la réalité. La route ne présente pas beaucoup d’intérêt jusqu’à ce que nous arrivions à Chase, petite bourgade au bord d’un lac pas si froid que ça. La dame de l’office de tourisme ne nous lâche plus. Elle nous abreuve d’informations et nous décidons de prendre la route secondaire, loin de la voie rapide et de son tumulte assourdissant. Avant cela nous passons la nuit à Chase, sur le parking sur centre commercial ! Une expérience… unique et plutôt pratique. Café frais et muffins au petit déjeuner. Puis je casse une arche de ma tente, comme ça, sans prévenir. Tout un programme… Heureusement, le scotch Gorilla me sauvera la mise.

Tout le confort sur le palier...

Tout le confort sur le palier…

Nous filons donc au nord de la rivière et empruntons cette route secondaire, partiellement en graviers. Haaa, les graviers. Ça me manquait ! Mais quel plaisir d’arpenter cette route au milieu des fermes, des champs, des rochers. Tout est sec, jauni par le manque d’eau et il fait une chaleur incroyable. Les paysages sont d’autant plus beaux que nous avons le temps de les apprécier sans risquer de prendre un camion de 25 tonnes par le coin du guidon. Je me sens bien. Je retrouve le plaisir de rouler sur une route peu fréquentée. J’aime particulièrement cette aridité tellement inattendue. Je ne pensais pas emprunter cette route donc je n’avais aucune idée ce ce qui m’attendait. C’est encore une belle surprise. En cadeau, on voit plein de vaches, des lamas (je vous jure !) et pour finir, des mouflons canadiens (bighorn sheeps…) ! Un vrai safari…

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On file à Kamloops où Vince, un hôte du réseau Warmshower nous héberge, offrant ses canapés pour la nuit tandis qu’un énore orage s’abat sur la ville. Nous repartons le lendemain en sachant qu’une sacrée côte nous attend. Tout le monde nous en parle depuis déjà plusieurs jours, on est prêts ! Alors c’est reparti pour un trafic décadent.ai envie de dire « Toi aussi visite les plus belles autoroutes du Canada sur ton vélo, choisis-les avec un bon pourcentage à gravir, brave l’interdiction de rouler à bicyclette et prend toi un bon vent de face… tu verras, c’est très rigolo. » C’est vrai que c’était drôle. Ou pas. Qu’importe, nous nous dirigeons toujours vers l’Ouest, la majorité du trafic, lui, bifurque vers le sud. Nous sommes de plus en plus tranquilles. On s’émerveille aussi. Les environs ont des allures de désert. Quelques golfs ont poussé, bien arrosés, oasis au milieu de la flore brûlée.

Plus nous progressons et plus la route nous appartient. Je peux pédaler le nez au vent, admirer les collines, les fleurs, les cactus. Oui, c’est vraiment le désert. Nous nous dirigeons vers Lillooet. Marrant ce nom ? Au chapitre des trucs un peu moins drôles : on prend un orage sur le coin du nez, au même moment la chaîne de mon vélo en profite pour casser en pleine côte. La pluie cesse lorsque nous réparons. On repart. J’aurai les mains noircies par la graisse du vélo pendant une semaine… Mais merci Daniel pour ton aide précieuse ! L’arrivée à Lilloet est assez pittoresque. Une vallée profonde tombe à pic à droite de la route. C’est assez impressionnant. Et ça grimpe. Ça grimpe. On mange un peu de gravier. On respire un peu la poussière. Mais un fois en haut, c’est une longue descente qui nous attend jusqu’à la ville qui invite peu au voyage, avec ces airs de bourgade minière.

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Qu’importe, un monsieur vient à notre rencontre est nous indique une aire récréative (Recreation site) où nous pouvons passer la nuit gratuitement, et en toute légalité. Ça changerait des campings dans lesquels Oups on a oublié de payé, ou des aires de repos en plein parc régional où Oups on n’a pas de permis ni le droit de camper. On file vers l’endroit indiqué. Un furieux vent de face souffle. On ne trouve pas l’aire récréative. On s’arrête… bin sur une aire de repos. On s’installe à la nuit tombée dans un coin retiré, avec table de pique nique. Quelques buses d’arrosage automatique se déclenchent lorsque nous dînons… Elles sont assez loin pour ne pas nous atteindre. Je bloque tout de même les buses qui entourent nos tentes à l’aide de grosses pierres. Dodo. Une des buse arrive tout de même à s’ouvrir, ma tente est aspergée dans un vacarme délirant. Ça ressemble à une mauvaise comédie américaine. Ca finit par s’arrêter, je me rendors.

Le lendemain matin nous repartons. Et trouvons l’endroit indiqué la veille… à 200m de notre camping improvisé. Nous allons surtout devoir affronter les montagnes. Une route avec un dénivelé assez fou et ses 12% à gravir. Quand autant d’automobilistes nous tendent des pouces en l’air à travers les vitres ouvertes de leurs engins à moteur, ça sent pas bon pour nous… On n’a pas vraiment le choix, et puis les montagnes sont splendides. Les rivières bleues turquoises. Je remercie le dieu du vélo d’avoir provoqué la casse de ma chaîne la veille. J’aurai pas aimé perdre mon temps ce jour-là. On grimpe, on grimpe. On est affamés. Surtout moi. On s’arrête au bord de la route, dans un virage et on déjeune adossés au blocs de béton. 200m plus loin, devinez quoi ? Une aire de pique-nique. Ça nous fait bien rire. Deux loupés en l’espace de 24h…

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Nous passons la nuit à Pemberton, près de la plage publique, planqués dans les bois. Un couple de cyclistes Canadiens a la même idée que nous. Ils débarquent dans le noir, on se présente sans savoir à quoi on ressemble… On attendra le petit déjeuner pour faire plus ample connaissance avec Gosia et Emiliano. Puis on trace en direction de Squamish, au nord de Vancouver. Ça sent la fin du périple dans le Nord. La fin de la vie rurale et des grands espaces. On grimpe encore, pour mieux dévaler jusqu’au Pacifique.

Le soir nous retrouvons Chris qui nous héberge et chez qui je resterai une dizaine de jours. Je tiens à aller jusqu’à Vancouver avec Daniel et j’y retrouve un autre Suédois, Lars, un copain de l’époque où j’étais stagiaire à Ikealand. Sa copine vit aux Etats-unis, il en profite pour passer la frontière Canadienne. C’est assez marrant de constater à quel point le monde est petit.

Petit mais pas sans barrière. Je dois à présent faire un demande de visa si je veux à nouveau me rendre aux Etats Unis. Alors je profite de cette semaine au calme à Squamish pour gérer la paperasse et jurer-cracher par terre que je n’ai jamais commis de génocide ou enfreint le code de la route Américain. Ce soir, je quitte Squamish pour me rendre à Vancouver où je dois passer un entretien au consulat Américain. D’ici une petite dizaine de jours, je serai rejointe par un nouveau coéquipier.

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3 réflexions sur “Dis, c’est encore loin l’Océan ?

  1. Un grand merci pour ta carte postale, j’ai l’impression de sortir du Web feuilleton et de rentrer dans l’aventure avec toi et tes amis.
    Alors qu’elle est l ‘épisode suivant ? Tu as l’autorisation de passer aux States ? Quel suspens !

    Big bisous,
    Annie

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